TOUCHER TERRE

Gamin, je passais une partie de mes vacances d'été, à la campagne. J'aimais faire un tour dans les fermes du coin, avec leurs granges remplies de bottes de paille, les poules, le chien qui aboyait et finissait par se taire, avec les vaches qui rentraient le soir, avec le tracteur, et le potager pas loin. Le ruban tue mouches serpentait au dessus de la table. Quelques années plus tard , Le permis de conduire tout juste en poche, je sillonnais, avec une vieille Fiat qui peinait dans les côtes, les routes sinueuses des monts du Forez, et m'arrêtais dans des hameaux isolés. Je discutais de tout et de rien sur le seuil de la porte des fermes, revenait le lendemain. Se faire accepter, et commencer à faire des photos. Dans le viseur de l'appareil, défilaient les images d'un monde paysan sur la fin.


Trente ans après ces premières photographies prises en n&b, je continue à aller dans les fermes, Leurs noms ont changé!

On parle maintenant d'exploitations. Je sillonne régulièrement la plaine de Beauce. Son paysage est celui de l'agriculture intensive, avec ses parcelles immenses, ses silos et ses éoliennes. En quelques décennies tout a changé, très vite , peut- être trop vite? A tel point que certains agriculteurs se grattent le sommet du crâne en se demandant où va la profession? Nous sommes passés de la polyculture, à un système agricole intensif et mondialisé. Un système qui ferait presque oublié que l'agriculture ramène à la terre, à ce bien commun qu'est le sol.

Le changement climatique est entré en jeux. Le quotidien des agriculteurs, on ne parle plus de paysans, varie selon les périodes de sécheresse, les coups de gel ou de grêle, les fluctuations des cours du blé, le prix des chimies, des engrais, et du carburant. Depuis plusieurs années je photographie cette agriculture qui doit trouver une voix pour répondre à des enjeux environnementaux et sociétaux. D' exploitations en intensifs, ou en bio, aux éleveurs en moyenne montagne, je photographie leur quotidien, dans cette époque de changements.