La collection était celle du muséum d'Histoire Naturelle de Chartres, qui a fermé ses portes, il y a déjà quelques années. Rangés, étiquetés dans les réserves du Musée des Beaux Arts de la ville, ces animaux, ces oiseaux, attendent que l'on s'intéresse à eux. Face à l'objectif de mon appareil, ils m'ont donné l'impression d'être là, bien présents, de ne plus être de simples animaux empaillés. Je prends quelques notes, écris quelques lignes, comme des petites fables. Ces animaux naturalisées ont l'air de vouloir sortir de leur silence, de nous poser la question: faudra-t-il attendre que nous soyons rangées dans les vitrines des muséums d'histoire naturelle pour vous rappeler l'importance du vivant, et de la biodiversité? 

La petite chouette

 

Qu’a-t-elle vu pour être si étonnée? 

Ses yeux en sont tout écarquillés?

C’est peu-être la porte de cette vieille grange?

 

Il n’y a pas si longtemps, en deux coups de marteau,         les chouettes y étaient clouées, pour éloigner les mauvais sorts. 

 

Les croyances païennes,

faisaient d’elles des oiseaux malaimés. 

Sans doute parce qu’elles sortent la nuit? 

Sans doute, aussi, parce qu’elles y voient clair

quand l'obscurité nous rend aveugles?

Seraient-elles capables de voir

la noirceur de certaines âmes?

 

Dans les villages, son  hululement était vécu comme un mauvais présage.

 

Il est pourtant doux le hululement de la chouette.

Celui que l’on entend les nuits d’été, dans les villages. 

Elles volent, parfaitement silencieuses, 

entre le clocher, le tilleul de la place qui a sa fontaine, 

et les prairies voisines. 

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Le coq

 

L'agriculture intensive a eu raison des petites fermes, 

des basses-cours, du tas de fumier en haut du quel, 

notre coq, chantait fièrement pour annoncer le levé du jour. 

 

Peu attentifs au décor, et persuadés que les temps n'ont pas changés, des coqs promènent aujourd'hui leurs crêtes rouges, entre les énormes engins agricoles, 

les silos et les bidons de chimies phytosanitaires. 

 

Croyant bien faire, ils vocalisent, à deux pas des zones pavillonnaires. Quelques néo-ruraux, ne supportant pas ce chant matinal, lui préférant les bip, et le signal des appareils connectés, s'en plaignent, jusque devant le tribunal.

 

Il est demandé à la bestiole de la mettre en sourdine! 

Mais elle à sa fierté  !

Etre sur un tas de fumier, 

ne doit empêcher pas d'avoir une bonne image de soi! 

Notre coq à une posture, un brin suffisant, 

histoire de rappeler qu'il est un emblème national. 

 

Celui-là  ne pourra pas être accusé de nuisances sonores. 

Il s'est tut à jamais, figé dans le souvenir d'une ruralité disparue. 

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Le petit mouton

 

Notre mouton, tout jeune, a une tête bien cabossée!

Ça lui donne un petit air téméraire, un poil provocateur,

Son regard est franc, comme pour nous demander où est le problème?

Comme pour nous reprocher d'attribuer facilement un délit de sale gueule, et de nous renvoyer la question de la normalité.

Cette fragile arrogance, cache difficilement un cœur sensible. On la sent, à fleur de peau, ou de laine.

 

Bien qu'immobilisé par la naturalisation, on le croit prêt à faire sa route, à gouter l' herbe des pâturages, à sauter comme les copains dans les prairies.