© Alain Bujak

 "Carnet de plaine" 

La plaine de Beauce, arasée, tirée au cordeau, provoque un sentiment de vide. Malgré la présence de quelques bosquets, elle n'a rien de bucolique. J'ai même du mal à parler de nature tellement elle semble amputée de biodiversité. Si le paysage industriel a ses usines, le paysage de l'agriculture intensive a ses parcelles. 

Le peu d'agriculteurs croisés pendant mes prises de vues, dit déjà la forte mécanisation. Plus les parcelles sont grandes, plus les engins sont puissants, et moins de bras sont nécessaires pour faire le travail. On peut s'attendre à ce que la numérisation de l'agriculture accentue le phénomène.

 

En photographiant ce paysage singulier, avec un appareil moyen format, en argentique, avec une certaine lenteur, je m’interroge sur notre rapport à la terre. Il oscille entre une agriculture productiviste soutenue par les lobbies, et les attentes de consommateurs qui aimeraient une agriculture plus humaine, moins polluante.

L'outil numérique, même s'il permet un contrôle précis des dosages de produits phytosanitaires, même s'il peut créer du lien entre agriculteurs et consommateurs via les réseaux sociaux et la traçabilité, reste une réponse superficielle. Réfléchir collectivement à un modèle agricole durable et vertueux, n'est pas une question d'algorithmes.