"Le tirailleur", un récit graphique édité chez Futuropolis 

 

En 2008 et 2009, j'ai photographié la vie quotidienne d'une résidence sociale Adoma, ex-Sonacotra. J'y ai rencontré Abdesslem, un ancien tirailleur marocain. Il avait alors plus de quatre-vingts ans.

Ce reportage terminé, j'ai voulu le revoir. Finalement, nous avons passé des heures ensemble, souvent le matin, autour d'un café clair et très sucré. Je lui demandais de me raconter sa vie. Pêle-mêle c'est la dernière guerre, la campagne d'Italie, l'Indochine, l'injustice d'une vieillesse miséreuse. Il cherchait dans sa mémoire. Parfois, tout venait d'un coup, avec une étonnante précision. Parfois, aussi, il y avait des blancs...

Je ne pouvais pas imaginer que l'histoire d'Abdesslem tombe dans l'oubli. Alors j'ai écris, des carnets entiers. Jusqu'à ce matin de l'été 2010. Je toque à la porte de sa chambre. Rien. Son voisin me dit qu'il est reparti, chez lui, au Maroc.

 

Quelques mois et un bon nombre de coups de téléphone plus tard, un monsieur m'attend à l'aéroport de Fès. C'est Bachir, le fils d'Abdesslem. L'un de ses petits fils est là aussi. Il sera notre interprète. Abdesslem est dans la salle d'attente, paisiblement assis, les mains et le menton posés sur le pommeau de sa canne. "Alors, tu es venu me voir?!..."

En rentrant de voyage, je reprenais mes carnets, ordonnais mes notes, écrivais. En 2014, l'histoire d'Abdesslem, devenait un récit graphique, "Le tirailleur". Il est né de la rencontre avec les éditions Futuropolis et avec le dessinateur, Piero Macola. L'album a remporté le prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA, en 2016, et il a été remarqué par les médias (Télérama, France inter, TV5 monde...).

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